Le tourisme et le COVID en 2021

Le tourisme et le COVID en 2021

Avec la réouverture des lieux de culture, la saison touristique a repris. Mais la forte présence du coronavirus et de ses variants continue de ralentir la venue des groupes de touristes étrangers sur le sol français. Pour la profession des guides-conférenciers, c’est un coup dur de plus.

« Je crois que je suis à 600 euros de revenus pour le mois de juillet. On enlève environ 23% de charges… il ne reste pas grand chose », raconte Mélissa Neto, guide à Paris depuis cinq ans. Pour tenir pendant la crise sanitaire, elle a dû trouver un job alimentaire. Et malgré la réouverture des musées et du patrimoine, son téléphone sonne beaucoup moins qu’avant.

Sans la venue des Américains ou des Asiatiques, difficile de tenir. Beaucoup de guides se sont formés à d’autres métiers pendant la crise et ne reviendront pas.

 

Un métier de passion et très féminin

Une tendance confirmée par Aude Deboaisne, de la Fédération nationale des guides interprètes et conférenciers (FNGIC). « Plus des trois quarts des guides-conférenciers ont eu zéro revenus au mois de mai »

 

Campings et gîtes complets

Dans l’ensemble, la pression sanitaire a peu pesé sur les Landes, département prisé dont les campings étaient complets dès le mois de juin, et où chaque annulation fait vite un heureux. Les Gîtes de France ont enregistré des taux de remplissage de 85 % à 90 % sur les premières semaines de juillet, malgré l’impact médiatique des clusters. En août, tous les gîtes sont pleins.

Les nouveaux départements en rouge sur les cartes épidémiologiques, tous des lieux de vacances surpeuplés en août, seront-ils, eux aussi, à l’abri d’une vague d’annulations ? Si les hospitalisations restent partout limitées, l’épidémie flambe dans les Pyrénées-Orientales, en Haute-Corse, dans l’Hérault, les Alpes-Maritimes ou la Charente-Maritime. Les chiffres traduisent une réalité partielle dans ces territoires touristiques, car ils n’intègrent que les résidents du département et non les touristes de passage.

L’hôtellerie, où les séjours sont plus courts et les annulations faciles, est le mode d’hébergement qui pâtit le plus de la montée du variant. Pour la deuxième moitié du mois de juillet, Logis Hôtels enregistre des annulations en hausse de 95 % dans les Pyrénées-Orientales et de 167 % dans les Alpes-Maritimes, par rapport à 2020. Des chiffres que le réseau d’hôtellerie indépendante, qui s’orientait vers un été record, ne retrouve pas au niveau national.

A Banyuls (Pyrénées-Orientales), Brice Sannac tient une trentaine de chambres donnant sur la plage des Elmes. Une situation idéale qui explique son optimisme, malgré la situation sanitaire : « Aucune inquiétude. Nous avons annulé cinq réservations en quelques jours… On va faire une bonne saison. » Pour l’ensemble du département, il admet néanmoins que ce variant Delta représente « un cataclysme » et que la fréquentation du littoral de la côte Vermeille, cette bande d’une vingtaine de kilomètres qui serpente jusqu’à la frontière espagnole, a baissé ces derniers jours.

Mais la saison est longue. D’autant que les mesures restrictives prises par la préfecture (masque obligatoire en extérieur sauf à la plage, fermeture des cafés et restaurants à 23 heures), qui ont pu rebuter certains vacanciers, semblent être adoptées dans les départements confrontés à une situation similaire. Les stations balnéaires se retrouvent ainsi sur un pied d’égalité.

 

Préparation logistique

En Haute-Corse, où des mesures de freinage similaires ont été imposées, l’agence touristique régionale ne note pas non plus « d’impact majeur mais un repli inquantifiable ». De Calvi à Porto-Vecchio, pas d’annulations massives mais un afflux de questions et un infléchissement des réservations, notamment de la clientèle européenne. Un séjour en Corse nécessite une préparation logistique importante et on la quitte difficilement du jour au lendemain. Le seul risque est celui d’un déplacement des flux de la Balagne (Calvi, l’Ile-Rousse, Saint-Florent) vers l’extrême sud, tête de pont touristique de la Corse.

Si l’impact de l’épidémie sur les réservations est difficilement quantifiable, celui sur la gestion des établissements est très concret. Car le rebond épidémique touche principalement les jeunes et les saisonniers du tourisme, qui multiplient les contacts et sont en grande partie non vaccinés. Avec des taux d’incidence qui dépassent 1 000 pour les 20-29 ans – voire près de 1700 dans les Pyrénées-Orientales – et un isolement obligatoire de dix jours, la gestion des plannings vire au casse-tête pour des gérants ayant déjà eu du mal à recruter.

Depuis le printemps, les organisations patronales ont réclamé, en vain, que leurs employés fassent partie des professions prioritaires pour la vaccination, comme en Turquie, en Croatie ou en Grèce. Certains auraient même apprécié que celle-ci soit rendue obligatoire.

 

Fermetures

Dans le Calvados, très prisé cet été et où l’incidence monte en flèche, le groupe Barrière a dû fermer l’un de ses quinze restaurants à Deauville-Trouville après qu’une quarantaine d’employés (soit 4 % des effectifs) ont été contrôlés positifs le week-end du 17 et 18 juillet.

A Châtelaillon-Plage (Charente-Maritime), près de La Rochelle, « on a fait vacciner très rapidement les saisonniers des hôtels, donc on s’en sort », dit le maire (divers droite) Stéphane Villain (divers droite). Mais chez ses voisins, à La Rochelle ou à Royan, une dizaine d’hôtels et de restaurants ont été contraints de fermer quelques jours faute de personnel, alors que la quatrième vague ne fait que commencer. A Oléron, quatre zones de baignade ont été fermées ce même week-end faute de sauveteurs disponibles, laissant les plages sans surveillance. Et le centre aquatique de l’île a dû fermer trois jours, au plus fort de la saison.

Pour ces raisons, les élus de Charente-Maritime ont tous approuvé la proposition préfectorale d’imposer le masque en extérieur et d’interdire la consommation d’alcool sur la voie publique dans les communes touristiques. Le préfet maritime a déjà suggéré que des mesures plus contraignantes pourraient être prises, citant la fermeture précoce des bars et restaurants. La vaccination se fait désormais à flux tendu, avec des créneaux spécifiques pour les employés du secteur touristique. Mais ses effets ne se feront pas sentir avant la fin de la saison.

Voyage

« Pas de vague d’annulations à ce stade »

Des taux d’occupation sont au plus haut, avec des records pour certains types d’hébergement comme les Gîtes de France, des campings qui font le plein : le bilan du mois de juillet est bon, indiquent à Europe 1 les professionnels du tourisme. Mais cela pourrait bien basculer au mois d’août, si les restrictions sanitaires se multiplient.

C’est ce que craint notamment Nicolas Beaurain, directeur général de Maeva. « On n’a pas de vague d’annulations à ce stade », assure-t-il, mais « beaucoup de questions de nos vacanciers sur le pass sanitaire ». Toutefois, précise-t-il, « à ce stade, les tendances restent favorables ».

Peu de réservations pour septembre-octobre

Même écho du côté des offices de tourisme. Pour le président d’ADN Tourisme, Christian Mourisard, la pandémie pourrait même bouleverser les destinations du mois d’août. « Il est difficile aujourd’hui d’anticiper ce que sera le mois d’août, mais surtout l’aspect psychologique », indique-t-il. « Je reste persuadé qu’il y a un tel désir de partir… Les gens regarderont la carte de France et regarderont là où il y a le moindre impact du virus, quitte à changer (de destination). »

Autre constat fait par les professionnels du secteur : les réservations sont encore peu nombreuses pour l’après-saison, en septembre et octobre.

 

Marc ALEXANDRE

C’est un ancien journaliste de presse nationale et internationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités générales. Marc Alexandre est un expert des questions internationales.