Télétravail : les entreprises décident, les syndicats pour

Télétravail : les entreprises décident, les syndicats pour

C’est la fin du « nombre de jour minimal » de télétravail imposé aux entreprises. À partir de ce mardi 31 août, les employeurs ne sont en effet plus soumis à cette règle que le gouvernement avait mis en place au début de la pandémie de Covid-19 pour casser les chaînes de contamination. « Mes équipes ont échangé la semaine dernière avec les organisations patronales et syndicales, qui souhaitent toutes qu’on redonne la main aux entreprises pour fixer les règles en matière de télétravail, qu’on n’ait plus un nombre de jours minimal : c’est ce qu’on va faire », a expliqué la ministre du Travail, Élisabeth Borne sur BFM TV le 30 août. Un nouveau protocole sera bientôt publié pour permettre « à la direction de l’entreprise, en discussion avec les représentants des salariés, de définir les règles en matière de télétravail ».

Déjà le 9 juin, le gouvernement avait assoupli les règles de télétravail en entreprise. Jusqu’alors la règle était de pratiquer de manière systématique le télétravail pour toutes les activités qui le permettaient. À partir de cette date, les entreprises ont dû déterminer, à l’issue d’échanges entre la direction et les représentants des salariés, « un nombre minimum de jour de télétravail pour chaque employé », expliquait le gouvernement. Et cette plus grande flexibilité se ressent dans les chiffres.

Selon des chiffres de la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) publiés lundi, le télétravail devient « de moins en moins fréquent ».

« Au cours du mois de juillet, 23 % des salariés ont été au moins un jour en télétravail, soit deux points de moins qu’en juin et mai et quatre points de moins qu’en avril », écrit-elle. En outre, « les salariés concernés par le télétravail ne sont plus que 14 % à avoir télétravaillé tous les jours de la semaine », « soit 3 % de l’ensemble des salariés, après 4 % en juin, 8 % en mai et 10 % en avril ».

« À la date du 31 juillet, 38 % des salariés travaillent dans une entreprise où le télétravail n’est pas autorisé », et « 22 % des salariés travaillent à l’inverse dans une entreprise qui impose au moins un jour de télétravail par semaine », écrit-elle.

« Ces entreprises sont plus fréquemment de grande taille. Lorsqu’un nombre minimum de jours de télétravail est demandé, le plus souvent il s’agit d’un minimum de deux jours télétravaillés par semaine », poursuit la Dares.

 

Le début du « vrai télétravail »

Selon la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), le télétravail devient « de moins en moins fréquent ». « Au cours du mois de juillet, 23 % des salariés ont été au moins un jour en télétravail, soit deux points de moins qu’en juin et mai, et quatre points de moins qu’en avril », écrit-elle. En outre, « les salariés concernés par le télétravail ne sont plus que 14 % à avoir télétravaillé tous les jours de la semaine », « soit 3 % de l’ensemble des salariés, après 4 % en juin, 8 % en mai et 10 % en avril ».

Est-ce donc la fin du travail à distance ? « Non, je pense au contraire que c’est le début du « vrai » télétravail », croit Benoit Serre, vice président de l’Association nationale des DRH interrogé par 20 minutes. « On a beaucoup dit pendant la pandémie – à juste titre – que le télétravail forcé, obligatoire, était très bien pour certains mais subi par d’autres. L’annonce de la ministre indique que les entreprises reprennent la main sur leur organisation. En parallèle, beaucoup d’accords d’entreprises ont été signés sur le télétravail, qui va donc s’installer durablement, de manière structurée et organisée », explique-t-il. « Dans deux, trois mois, on se rendra compte que ce système est devenu une alternative normale au travail. On le voit déjà avec certains petits signaux, comme des offres d’emploi avec du télétravail de principe, par exemple. »

 

Aller au travail parce que c’est utile

Tout cela est donc lié à son confort personnel pour peut-être mieux travailler. Car ce n’est pas anecdotique. Et c’est d’autant plus important que beaucoup de salariés ont pris goût ces derniers temps à ces espaces de liberté dans leur agenda et revenir en arrière serait donc tout simplement un gros recul pour eux. Mine de rien, un salarié heureux dans son poste c’est toujours un salarié qui travaille mieux. Et puis ça a également une vertu importante : on va aller au travail parce que c’est utile. Il faut donc des journées où tout le monde est là afin de concentrer la réflexion, la grosse réunion et les moments de convivialité sur les jours où nous sommes présents.

Tout ça demande bien entendu de l’organisation et des efforts. Mais il y a également un autre effet lié à la crise sanitaire. Les salariés, selon les DRH, veulent une évolution du mode de management. Ils veulent finalement plus de reconnaissance et cette pratique est un moyen de répondre à ces aspirations légitimes. Quant au risque que télétravail rime avec ‘glandouille’, toujours selon les DRH, un salarié qui ne travaille pas en télétravail est un salarié qui ne travaille pas non plus lorsqu’il est présent physiquement. Et puis finalement, moins de salariés en même temps au travail, c’est aussi moins de besoins en mètres carrés et donc des économies de loyer. »

 

Une formule hybride

Le Covid-19 a en effet laissé des traces. Si ce mode de travail, poussé à l’extrême, a parfois viré à l’écœurement, la crise sanitaire a marqué un vrai tournant dans l’organisation du travail. Selon un sondage de l’Institut Montaigne, 60 % des Français souhaitent « une fois l’épidémie de Covid-19 terminée, que les entreprises mettent en place la possibilité pour les salariés de faire du télétravail sur une partie du temps de travail et être en présentiel sur l’autre partie ».

L’enjeu, pour les entreprises, est désormais de trouver la bonne formule. De nombreuses sociétés se tournent désormais vers un modèle hybride qui permettra de lutter contre l’isolement que certains salariés ont pu ressentir tout en conservant les bénéfices du travail à distance comme le gain de temps lié au transport par exemple. Les cartes sont désormais entre les mains des syndicats et des entreprises qui devront négocier sur la base de l’accord interprofessionnel signé fin novembre 2020.

De la souplesse dans la gestion de la vie de famille

« J’assume d’entrée, il faut maintenir une dose de télétravail. Il en va de l’intérêt des entreprises et des salariés. Revenir au travail cinq jours par semaine ce n’est pas une bonne idée. Le télétravail subi et imposé lors du premier confinement ainsi que les souvenirs qui vont avec et qui ont généré beaucoup de souffrance, c’est à bannir. Mais je vous parle d’un télétravail volontaire et choisi, d’un à deux jours par semaine pour des professions qui peuvent le faire. Car on estime aujourd’hui qu’environ un tiers des professions le pratiquent.

Quand c’est possible, le télétravail a en effet des avantages. Il offre de la souplesse dans la gestion de la vie de famille, notamment sur la garde des enfants. Il permet d’éviter les trajets interminables, soit parce qu’on habite loin de son travail, soit parce que l’on habite dans une grande métropole et que l’on doit prendre les bus et les métros bondés dès le matin. Ca donne même la possibilité de vivre plus loin de son travail pour avoir un petit espace agréable, un jardin, un balcon et donc un peu plus de calme. Et puis, ça offre des plages horaires pour récupérer un colis ou gérer par exemple un devis.

 

1 million de jeunes aidés

La ministre du Travail a également annoncé et détaillé au micro de Jean-Jacques Bourdin les conditions d’accès au revenu d’engagement qui concernera un million de jeunes entre 16 et 25 ans.

« Le but est d’aider les jeunes à élaborer et réaliser leur projet professionnel grâce à un accompagnement personnalisé sous forme de formation » a expliqué la ministre, avant d’ajouter « qu’une allocation de 500 € sera fournie pour les jeunes qui travaillent et 300 € pour ceux qui sont rattachés au foyer fiscal de ses parents », décrit-elle. Le projet devrait être présenté dans le courant du mois de septembre.

 

Marc ALEXANDRE

C’est un ancien journaliste de presse nationale et internationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités générales. Marc Alexandre est un expert des questions internationales.