L’un des cinq Afghans rapatriés en France, un taliban ?

L’un des cinq Afghans rapatriés en France, un taliban ?

L’individu a été interpellé à Paris après avoir enfreint son assignation à résidence. Les cinq hommes ont fait l’objet de mesures administratives pour leur proximité éventuelle avec le mouvement islamiste.

Il a déjà voulu fausser compagnie aux services Français. L’un des cinq Afghans sous surveillance après avoir été rapatrié en France a été placé en garde à vue, a annoncé mardi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Ces Afghans avaient été placés sous surveillance par les autorités françaises, en raison de leur proximité présumée avec le mouvement fondamentaliste des talibans, qui ont investi Kaboul le 15 août dernier. Ils ont ainsi fait l’objet d’une «mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance» (Micas), avait précisé le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Ce mardi, Gabriel Attal précise que l’interpellé est «un Afghan qui a aidé à l’évacuation de Français, de personnes qui ont travaillé pour la France lors de l’évacuation de l’ambassade, à un moment qui était incroyablement tendu, (et) qui a probablement sauvé des vies». Il était surveillé en résidence à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), selon BFMTV. On ne connaît pour l’instant pas l’identité précise de cet homme.

Entretiens de sécurité

Lundi, le ministère de l’Intérieur avait indiqué avoir placé sous surveillance cinq rapatriés afghans. L’un d’entre eux, soupçonné d’être «lié aux talibans», selon le ministère de l’Intérieur, a particulièrement retenu l’attention des autorités. Selon l’arrêté pris par Beauvau, cet homme a admis son appartenance au mouvement et reconnu avoir porté des armes en tant que responsable d’un barrage taliban à Kaboul.

«Devant les difficultés extrêmement fortes de pouvoir faire des enquêtes de sécurité sur les personnes devant être rapatriées, [les autorités françaises] ont accepté d’embarquer cette personne et sa famille», avait précisé Gérald Darmanin. A l’arrivée du vol à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, où transitent toutes les personnes évacuées par la France, la Direction générale de la surveillance intérieure (DGSI) «a fait le travail qu’elle n’avait pas pu faire à Kaboul» en menant des entretiens de sécurité, avait expliqué le ministre de l’Intérieur.

 

Des liens avec le mouvement islamiste

Les cas de deux hommes, portés à la connaissance du Figaro, ont particulièrement retenu l’attention des services de surveillance : Nangialay S., né en 1995 à Logar, à une centaine de kilomètres de Kaboul, et Ahmad M., né en 1991 dans la capitale afghane. Selon les arrêtés pris par le ministère de l’Intérieur, le premier, Nangialay S., a admis son appartenance aux talibans et a même reconnu avoir porté des armes en tant que responsable d’un barrage à Kaboul. Il aurait, en outre «très largement aidé à l’évacuation de l’ambassade de France», a expliqué Gérald Darmanin à l’AFP. Le second, Ahmad M., a été vu, en lien avec le mouvement islamiste, porteur d’une arme dans les rues de la ville.

Les deux individus, pour lesquels il «existe des raisons sérieuses de penser que (leurs) comportement(s) constitue(nt) une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics», avaient été intégrés, en compagnie de deux autres ressortissants afghans également «signalés pour leurs liens avec le mouvement des talibans», au sein d’une opération de rapatriement française ayant eu lieu le 18 août dernier. À date du 23 août, près de 2000 personnes ont été mises à l’abri par la France, selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Quant au cinquième homme, «on a vu après une enquête DGSI qu’il avait des liens avec ces personnes bien qu’étant venu séparément», a détaillé Gérald Darmanin.

Contrôles des forces de l’ordre et déplacements limités

Dans ce cadre, Ahmad M., isolé pendant 10 jours dans un hôtel résidence de banlieue parisienne comme le prévoient les mesures sanitaires, est tenu de se présenter chaque jour aux forces de l’ordre, «qui se rendront à domicile pour s’assurer de sa présence». Ses déplacements ne se limiteront qu’à sa commune de résidence – bien qu’il puisse demander une autorisation écrite pour en sortir. Se soustraire à ces mesures, prises pour une durée de trois mois, expose l’intéressé à une peine maximale de trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

Comme le droit l’y autorise, le présumé terroriste au plan administratif a la possibilité de «présenter des observations écrites ou orales, dans un délai maximal de huit jours à compter de la notification du présent arrêté». Les observations orales seront formulées auprès du préfet de département compétent. Par ailleurs, l’arrêté de Gérald Darmanin «peut faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif compétent dans le délai maximal de deux mois à compter de sa notification».

 

Non-respect des mesures de surveillance

Mais en ce mardi 24 août, BFMTV et Europe 1 affirment qu’un réfugié afghan a été placé en garde à vue lundi soir pour ne pas avoir respecté l’une de ses mesures de surveillance, à savoir ne pas quitter le département.

BFMTV fait savoir qu’ « Il ne s’agit pas du principal profil qui inquiétait les autorités, mais d’un membre de sa famille qui était placé sous Micas (mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance). Il a été placé en garde à vue, précisément parce qu’il a rompu sa Micas, et de fait son isolement sanitaire. »

L’Afghan a quitté Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) et a été interpellé dans Paris intra-muros.

 

Il a « probablement sauvé des vies ».

Interrogé par BFMTV, Gabriel Attal est revenu sur les faits. L’homme fait partie de l’entourage « d’un Afghan qui a aidé à l’évacuation de Français, de personnes qui ont travaillé pour la France lors de l’évacuation de l’ambassade, à un moment qui était incroyablement tendu, (et) qui a probablement sauvé des vies ».

Pourquoi une telle expulsion est compliquée

Ces individus ne pourraient cependant pas être expulsés du territoire national aussi facilement que le réclament ces personnalités politiques, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’un des Afghans, bien que lié aux talibans, a aidé à évacuer des Français depuis Kaboul, notamment des journalistes, des Afghans, des policiers de l’Ambassade de France, pour être conduits à l’aéroport. Le renvoyer aux mains des talibans équivaudrait à le mettre en danger.

Ensuite, l’expulsion d’un individu du territoire national s’inscrit dans une procédure bien encadrée. Celui-ci doit d’abord déposer une demande d’asile auprès de la préfecture, qui est soit acceptée, soit refusée. Et une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) qui contraindrait cet individu à quitter la France dans un délai de 30 jours n’est délivrée que dans le cas où cette demande d’asile serait refusée. Et même en cas d’OQTF, la personne a la possibilité de déposer un recours, de faire appel. Il s’agit donc d’une procédure relativement longue.

Depuis le 8 juillet dernier, la France a suspendu les expulsions d’individus vers l’Afghanistan, « au regard de la dégradation de la situation sécuritaire » liée à la montée en puissance des talibans. Plusieurs pays d’Europe ont fait de même, dont la Suède et la Finlande.

 

Réactions de l’opposition

La fuite puis l’interpellation d’un des réfugiés constitue un nouveau loupé dans cette affaire, déjà lourdement critiquée par les responsables politiques de l’opposition.

«Le gouvernement doit expliquer aux Français ce qui empêcherait d’expulser en urgence absolue ces individus», avait précédemment réagi sur Twitter Xavier Bertrand, candidat de droite à la présidentielle. «Le droit doit s’adapter aux besoins de notre sécurité. Pas l’inverse». «Le  »devoir » d’accueil de la France passe en second plan quand la sécurité des Français est menacée. Cet impératif tombe sous le sens sauf pour… le gouvernement !», avait de son côté tweeté Marine Le Pen (RN).

 

Pour Pécresse, « ils n’ont rien à faire sur notre territoire »

Une information qui n’a pas manqué d’indigner plusieurs personnalités de droite et d’extrême droite. « Le gouvernement doit expliquer aux Français ce qui empêcherait d’expulser en urgence absolue ces individus. Le droit s’adapter aux besoins de notre sécurité. Pas l’inverse », a par exemple réagi dans la journée Xavier Bertrand, le président (ex-LR) de la région Hauts-de-France.

La présidente LR de la région Île-de-France lui a emboîté le pas dans la soirée, dans un tweet accusateur à l’égard du gouvernement: « Dans l’avion français évacuant des Afghans se trouvaient 5 individus soupçonnés d’être membres des Talibans. Si c’est vrai, ils n’ont rien à faire sur notre territoire et doivent être expulsés sans délai! ».

Un argument sécuritaire partagé par la présidente du Rassemblement national. « Le ‘devoir’ d’accueil de la France passe en second plan quand la sécurité des Français est menacée. Cet impératif tombe sous le sens sauf pour… le gouvernement ! », a de son côté tweeté Marine Le Pen.

 

Marc ALEXANDRE

C’est un ancien journaliste de presse nationale et internationale. Il est spécialisé dans les articles d’actualités générales. Marc Alexandre est un expert des questions internationales.